lundi 14 août 2006

Sine die

Je suspends sine die la publication de Citoyen durable. D'une part, je me rends compte que je tourne en rond, que je n'ai pas grand-chose d'autre à écrire que je n'ai déjà écrit auparavant. D'autre part, la vie m'appelle ailleurs et je n'ai plus guère de temps à consacrer à ce blog.

Si je ne m'interdis pas de reprendre un jour, ce sera au mieux dans plusieurs mois.

Amitiés à tous.

samedi 12 août 2006

Un futur qui retarde

Je me demande parfois l'effet que peut avoir sur de jeunes gens la lecture de romans d'anticipation comme Le meilleur des mondes (A. HUXLEY), 1984 (G. ORWELL), Humanité et demie (T. J. BASS) ou Les monades urbaines (R. SILVERBERG). Des récits censés nous montrer les germes actuels des catastrophes sociales futures, des récits qui agissent comme des mises en garde, qui nous disent « attention ! ». Quel est le sens de tels romans maintenant qu'on peut les lire au passé, maintenant que la catastrophe sociale est derrière nous, qu'elle est déjà arrivée ? Qu'est-ce donc que des jeunes gens qui ne connaissent que les temps de l'après-catastrophe peuvent penser de tels récits ? Étudie-t-on encore de tels textes à l'école ?

Voilà quelques questions que je me posais en parcourant un récent article de Libération consacré à la Cité du design de Saint-Etienne :

[…]

En septembre, sur le site de l'ancienne Manufacture nationale d'armes de Saint-Etienne, s'élèvera une tour d'observation haute de 28 mètres, qui s'offrira au public comme le phare symbolique de la future Cité du design. En octobre, date de début des travaux, cette structure métallique, qui évoque un puits minier, permettra de suivre la construction de la « platine interclimatique » imaginée par l'architecte berlinois Finn Geipel (agence Lin) qui sera livrée en 2008.

Voilà qui est bien gentil, cette tour qui s'offre au public. Depuis un bon bout de temps déjà, la langue de bois est devenue la langue officielle des médias français : les mots expriment une vérité aussi fausse que construite, le mensonge est devenu la façon normale de s'exprimer.

Ici, en l'occurrence, la tour ne s'offre pas au public, de même qu'elle n'est pas non plus offerte au public. C'est au contraire "le public" qui a été pressuré pour que cette tour qu'il n'a pas voulue soit construite ; car en réalité, "le public" ne dépense pas spontanément son argent pour des "phares symboliques" et des "platines climatiques". Et puis d'ailleurs : "le public" n'existe pas, "le public" est une fiction qu'utilisent les experts en manipulation sociale pour parvenir à leurs fins. Il n'y a pas de "public" doté d'une vie autonome, il n' y a que des individus, tous différents. Bref, d'emblée, tout sonne faux.

La Cité du design, c'est un peu le Graal pour Saint-Etienne et la région Rhône-Alpes. Cet ancien bassin minier, qui a fortement souffert du chômage, mise sur l'innovation industrielle pour se reconvertir. Le projet a été lancé officiellement en 2004, mais sa gestation a connu bien des aléas. Le débat sur le contenu a été occulté par une polémique menée autour de la reconversion architecturale de l'ensemble industriel militaire impérial de la « Manu ». Les associations patrimoniales de la ville se sont en effet opposées à la démolition d'une petite partie du site. Finn Geipel a opté, quant à lui, pour une « restauration critique », qui préserve l'essentiel des bâtiments, à l'exception de quatre maisons de maître qui ont été détruites.

Nommé en 2004, le premier directeur de la Cité, François Mouly, ancien responsable du design chez Decaux, a essuyé les plâtres de cette controverse et n'a pas pu faire avancer le projet. La ville se rêvait « capitale du design », mais la coquille semblait un peu vide.
Cependant, la structure administrative de la Cité a été mise en place en 2005, sous la forme d'un syndicat mixte présidé par le maire-sénateur Michel Thiollière, qui comprend des élus de la ville et de la métropole (communauté d'agglomérations).

Comme il est écrit plus haut, la coquille est un peu vide. C'est la noria des structures : Cité du design, ville, région, bassin minier, ensemble industriel, associations patrimoniales, structure administrative, syndicat mixte, métropole et communauté d'agglomérations. D'hommes, il est à peine question, seuls les engrenages bureaucratiques semblent avoir un sens.

Strictement absents du propos : les contribuables. Et pour cause : si l'on devait exposer la réalité crue, il faudrait montrer l'opposition entre les étrangers au projet, spoliés, et les promoteurs du projet, automatiquement bénéficiaires sans prendre le moindre risque.

Depuis septembre 2005, c'est Elsa Francès qui a repris les commandes de cet eldorado. Née en 1966 à Paris, cette diplômée de l'Ecole nationale supérieure de création industrielle (Ensci, à Paris) a travaillé pendant treize ans chez Thomson. Du Tim Thom si inventif avec Philippe Starck au design prospectif qu'elle a ensuite pris en charge dans cette mégaentreprise internationale. Cette designer a déjà pris ses marques à Saint-Etienne.

En deux ans, deux directeurs. Et la Cité du design n'est pas encore sortie de terre ! Sacré eldorado ! On se rassure en constatant qu'en un an de travail à Saint-Etienne, Elsa Francès y « a déjà pris ses marques ». Jolie prouesse.

Elsa Francès est maintenant interviewée par la journaliste de Libération :

Comment avez-vous reformulé le projet ?

En puisant sur la force du territoire. Saint-Etienne a un passé industriel lié à l'objet (les cycles, les armes) et un présent tourné vers les technologies de pointe. La ville dispose d'une école des beaux-arts, d'une Biennale internationale du design depuis 1998, des musées d'Art moderne, des Arts et des Industries, de la Mine, d'écoles d'architecture et d'ingénieur, d'universités et du site Le Corbusier à Firminy.

La Cité du design fédère toutes ces institutions, qui restent autonomes.

Forcément, ça manquait quelque peu d'institutions dans le coin. Il suffit de jeter un coup d'œil au site web de la Cité du design pour constater le vide institutionnel local et l'impérieuse nécessité de créer une bureaucratie supplémentaire. Aux côtés de la Cité du design vont en effet travailler : Ville de Saint-Étienne, Saint-Étienne Métropole, Ministère de la Culture, DRAC Rhône-Alpes, Conseil Régional Rhône-Alpes, Conseil Général de la Loire, CulturesFrance/AFAA, Ministère des Affaires Etrangères, Musée d’Art Moderne de Saint-Étienne Métropole, Musée d’Art et d’Industrie, Musée de la Mine, EPURES, EPORA, École d’Architecture, Université Jean Monnet, École Supérieure de Commerce, École des Mines, Pôle des Technologies Médicales, Pôles de Compétitivité, Direction Départementale de l’Équipement, Centre du Design Rhône-Alpes, PNR Design, Institut Régional pour le Développement du Design, Centre Départemental de Documentation Pédagogique, Conservatoire National des Arts et Métiers, Chambre de Commerce et d’Industrie, Loire Entreprendre, Chambre des Métiers et de l’Artisanat, Grand Lyon, Agence du Développement Économique de la Loire. Un vide institutionnel plutôt angoissant que viendra judicieusement combler la Cité du design.

Ce n'est pas un projet muséographique, mais un stimulateur pour la recherche.

Et il est bien sûr dans les missions fondamentales du Service public de créer des stimulateurs de recherche…

Le design doit devenir un outil d'anticipation sociale, culturelle et économique. En créant des transferts d'idées entre design et art, design et entreprises, architecture et politique.

[…]

Voilà. C'est dit. Tranquillement, benoîtement, sans complexe. Vivement demain ! Vivement les horizons collectifs polis à l'esthétique industrielle d'État ! Gloire à la Grande société citoyenne designée, gloire à nos maîtres bien aimés !

Quelle est votre méthode de construction ?

L'urgent était de réorganiser la quatrième Biennale du design, manifestation qui n'est pas une foire commerciale mais un moment de travail, d'inventivité et de rencontres entre tous les continents.

Qu'on se le dise : une foire commerciale n'est pas un lieu où l'on travaille, où l'on invente et où l'on fait des rencontres. Dans les foires commerciales, on ne trouve que des glandeurs bornés et introvertis. Voilà qui contraste résolument avec le sympathique dynamisme qui émane de toute institution publique qui se respecte !

L'important a été aussi de constituer une équipe, ni pyramidale ni administrative. Mon expérience me permet de créer un pont entre le public et le privé, deux mondes aux fonctionnements différents mais pas antagoniques. Une équipe, c'est primordial. Je crois plus à cela qu'à un organigramme. Et il était vital qu'on s'installe déjà sur le site de la manufacture.

Trop cool l'équipe d'Elsa ! C'est une administration non administrative ! C'est vrai qu'une administration administrative, ça la fout mal. Et puis Elsa renonce à son titre de directrice et à son salaire de directrice, histoire que ce ne soit pas pyramidal. C'est vraiment sympa tout ça, d'autant qu'Elsa fait circuler le joint entre le public et le privé. Je sais pas vous, mais moi je l'adore Elsa.

Comment y définir le design ?

Il faut répéter que ce n'est pas une cerise sur le gâteau, un style, mais une valeur intrinsèque, qui traverse toutes les étapes d'un projet. Nous allons beaucoup travailler sur les mots, car personne ne comprend plus personne.

Voilà : tout le monde ne pense pas les mêmes choses en ce qui concerne le design, et ça n'est pas acceptable. Comment peut-on vivre ensemble et se comprendre si l'on a pas tous les mêmes idées ? Une pensée homogène et unifiée émise par l'équipe d'Elsa et intégrée en aval par tous, voilà la solution.

Quels sont les premiers axes de travail de la Cité ?
 
[…]

Il faut que le design invente des systèmes de vie, des images, des objets, mais également des services pour créer du lien social. Nous serons un centre de ressources créatif, pour explorer de nouveaux modes de vie alternatifs, dans un engagement citoyen.

Des systèmes de vie clés en main, des existences balisées, des expériences sociétales, des engagements citoyens décidés à l'avance en haut lieu. Et j'en reviens à mes réflexions initiales : à quoi peut servir aujourd'hui la lecture des romans de SF de mon adolescence ? Disent-ils autre chose que ce qui est déjà réalisé ? Ne montrent-t-ils pas un futur qui retarde ?

mardi 8 août 2006

Life is a bitch

Pauvres hommes de l'UE ! Si souvent moqués pour réglementer sur tout et n'importe quoi, de l'importation des bananes à la courbure des concombres, et voilà qu'on leur reproche aujourd'hui de n'avoir pas assez légiféré !

En effet, alors qu'un patron irlandais s'est mis en tête de ne pas embaucher de fumeurs, nos hommes de l'UE viennent de se rendre compte qu'ils n'ont pas le moindre petit règlement à lui opposer (via ce post de Rocou). Et donc que le patron en question est parfaitement dans son droit.

Scandale bien sûr ! Et les vigilants citoyens européens de s'enflammer. Comment ça ? L'on aurait encore le droit d'embaucher qui l'on veut ? Quelques lambeaux de liberté subsisteraient encore en UE ? Allons, allons, nos bons maîtres, resserrez donc encore un peu nos chaînes ! Ne mollissez pas !

Et les bons maîtres de s'excuser sur leur site web de s'être laisser aller :

Bruxelles 08-08-2006. It is a misinterpretation to say that the EU “gives green light to refuse smokers a job”, thinks “discrimination of smokers is ok” or “allows discrimination against smokers” as was invoked by some media.

As clearly stated in the Charter of Fundamental Rights the EU is against any kind of discrimination.

Ouf ! On respire !

J'espère que, dans la foulée, les hommes de l'UE ne manquerons pas de mettre à l'index tous ces États européens qui discriminent les fumeurs en les surtaxant quotidiennement. Car s'il est scandaleux de refuser du travail à un fumeur, il est aussi scandaleux de priver un fumeur des fruits de son travail quand il en a un.

Et puis aussi, puisque discriminer est mauvais, interdisons toute différentiation. Interdisons à tout homme de choisir sa femme, car n'est-ce pas là équivalent à rejeter toutes les autres ? (Quand je pense que j'ai refusé la polygamie, quel chien j'ai été !) Interdisons à tout employé de choisir le patron pour lequel il va travailler, car n'est-ce pas là priver injustement tous les autres ? Interdisons à tout un chacun de choisir ses amis et ses ennemis.

--

Mais trêve d'ironie. Discriminer, c'est distinguer, c'est séparer, c'est choisir. Et personne n'a comme droit d'être choisi par tel ou tel pour être son employé, son ami ou son conjoint. Il n'y a aucun droit à ne pas être éconduit, life is a bitch. Ce qui au contraire s'oppose au droit c'est d'imposer aux uns d'autres dont ils ne veulent pas.

Alors bien sûr les critères d'embauche de notre patron irlandais peuvent être jugés consternants. (C'est d'ailleurs mon avis.) Mais n'est-ce pas la liberté de cet homme d'être consternant aux yeux des autres ? Agresse-t-il quiconque en ne voulant travailler qu'avec des non-fumeurs ? Prive-t-il quelqu'un de ce qu'il a, de ses droits ? Et puis enfin, pourquoi les donneurs de leçons n'embauchent-ils pas eux-mêmes les fumeurs écartés ? S'ils ne le font pas, en quoi se distinguent-ils donc de celui qu'il condamne ?

dimanche 6 août 2006

L'inouïe violence de l'État

La violence social-démocrate commune, quotidienne, celle que l'on croise à chaque coin de rue, au détour du moindre propos de l'étatiste viscéral, est une violence sournoise qui s'attaque d'abord aux esprits, qui emprunte les voies de la sujétion, de la coercition et du lavage des cerveaux. Pourtant, les sociaux-démocrates ne s'interdisent pas la plus extrême violence physique contre ces citoyens-mêmes qu'ils prétendent faussement protéger, la plus folle furie destructrice contre ces territoires-mêmes qu'ils affirment, en se rengorgeant, défendre.

Lu dans le Figaro du 3 août 2006 :

Pour la première fois, une enquête épidémiologique française conclut que les essais nucléaires français réalisés en Polynésie entre 1969 et 1996 auraient entraîné une augmentation des cancers de la thyroïde. Les résultats de cette étude, non encore publiée, effectuée par Florent de Vathaire, directeur de l'unité 605 sur l'épidémiologie des cancers de l'Inserm, suscitent des remous au sein de l'armée française et des associations de victimes.

« Nous confirmons que nous avons établi un lien entre les retombées dues aux essais nucléaires réalisés par la France et le risque de cancer ultérieur de la thyroïde. Ce lien explique un faible nombre de cancers thyroïdiens, mais il est significatif », explique Florent de Vathaire.

[…]

À ces cobayes de la violence déchaînée de l'État, il faudrait y ajouter les victimes des essais des années 60 dans le Hoggar en algérien. Dès que leurs intérêts sont en jeu, les étatistes n'hésitent pas longtemps à sacrifier des innocents, ils ne s'embarrassent guère non plus de scrupules écologistes. Ce sont parfois les mêmes hommes qui ont soigneusement ravagé hier Mururoa et Fangataufa et qui se posent aujourd'hui en défenseurs du littoral. Les mêmes qui ont vitrifié hier le désert algérien et qui se piquent aujourd'hui de développement durable. Les mêmes qui irradiaient hier de sang-froid les citoyens sous leur protection et qui s'opposent aujourd'hui véhémentement aux violences domestiques.

Ces tartufes étatistes n'ont jamais eu la moindre limite morale. Choisir ceux qui, sur le territoire national, devaient être sacrifiés sur l'autel de la modernité atomique, n'était qu'une décision administrative commode. Nous voilà au cœur de l'idéologie collectiviste : au nom de l'intérêt supérieur de l'État, au nom de l'intérêt général, des victimes sont choisies et sacrifiées. La cohésion sociale à la mode collectiviste s'appuie sur la prédation et la peur : on s'active à désigner les victimes de l'intérêt général, et on est d'autant plus prompt à les désigner qu'on ne souhaite pas être désigné soi-même comme prochaine victime. Lui plutôt que moi. Tout le monde était bien content que ces essais aient lieu en Polynésie : tant que quelques Polynésiens se font copieusement irradier, je ne me fais pas, moi qui habite l'Alsace ou le Limousin, irradier. Va pour Mururoa : un bel endroit loin de chez moi pour expérimenter l'inouïe violence nucléaire. Tous solidaires pour accepter l'inacceptable, tous volontaires pour gober les rassurants mensonges des hommes de l'État sur l'innocuité des essais.

Pour quels bénéfices ? Pour la défense du pays ? Vraiment ? Pour l'armée de la République ? Pour cette armée qui n'a pas empêché les boucheries de 14-18, la débâcle de 1940 ou la défaite de Diên Biên Phu ? Pour cette armée qui maniait la gégène à qui mieux mieux en Algérie, qui s'est impliquée et s'implique encore aujourd'hui aux côtés de tant de tyrans africains ? Pour cette armée au comportement si ambigu lors du génocide rwandais ? Pour cette armée qui, toute personne qui est passée par le Service national le sait fort bien, rivalise tous les jours d'ingéniosité pour gaspiller l'argent du contribuable ?

En ces temps de militantisme citoyen affiché, d'engagement républicain proclamé, qui exigera que soient mis aux fers les coupables du Hoggar, de Mururoa et de Fangataufa ? Ne peut-on craindre que les professionnels de la bonne conscience citoyenne ne soient plutôt en quête de nouvelles et commodes victimes de l'intérêt général ?

vendredi 28 juillet 2006

La centrifugeuse familiale (4)

(Suite du post précédent et fin de cette revue commentée de la Conférence de la famille 2006.)

Dernier volet de la Conférence de la famille : on sent que les génies qui ont phosphoré sur cette édition 2006 étaient quelque peu épuisés par les efforts fournis précédemment (faut dire qu'entre le carnet de l'aidant familial et les cités intergénérationnelles, y a de quoi se sentir tout flapi). En effet, on se contente de reprendre le congé parental de la conférence de l'an dernier et de glisser deux ou trois considérations imprécises.

Mais qu'est-ce que le congé parental ? Un petit retour en arrière(1) :

Le complément de libre choix d’activité (CLCA) est un élément de la prestation d’accueil du jeune enfant (PAJE) destiné à indemniser celles et ceux qui cessent leur activité pour s’occuper de leur enfant âgé entre 0 et 3 ans. Aujourd’hui, ce congé parental est d’une durée de 3 ans et d’un montant de 524 €/mois, pour les personnes ayant deux enfants ou plus. Le même dispositif existe pour les parents n’ayant qu’un seul enfant, mais la durée en est limitée à 6 mois.

Lors de la conférence de la Famille 2005, le Premier ministre avait annoncé la création d’un congé parental plus court (1 an) et mieux rémunéré (750 €), le congé optionnel de libre choix d’activité (COLCA) : il est entré en application le 1er juillet 2006. Cette option est offerte aux parents ayant 3 enfants ou plus et cessant totalement leur activité professionnelle pendant la durée du congé. Elle facilite le retour à l’emploi et s’insère mieux dans une carrière professionnelle.

Les parents qui souhaitent s’arrêter temporairement pour élever leur enfant peuvent désormais choisir entre deux formules de congé parental, d’1 an ou de 3 ans, avec une rémunération différente.

On voudrait redéfinir les rôles des parents qu'on ne s'y prendrait pas autrement. En effet, le coût en temps et en euros d'un troisième enfant n'est plus assumé intégralement par les parents eux-mêmes mais au contraire par ceux qui n'ont pas de troisième enfant ! Des dispositions qui inversent le sens des responsabilités les plus élémentaires : le choix d'avoir un troisième enfant ne s'accompagne pas du devoir de prendre en charge ce troisième enfant. Ceux qui agissent ne sont pas responsables de leurs actes, et ceux qui n'agissent pas sont responsables des actes de ceux qui agissent. Extravagant ! Des liens sociaux et familiaux arbitraires, imposés par décret, construits et qui se posent en concurrents des liens sociaux et familiaux véritables et naturels. N'apprend-on pas d'ailleurs d'emblée que la naissance d'un enfant donne droit à indemnités, comme si la procréation et la filiation relevaient de la nuisance, du préjudice ou de la catastrophe naturelle ?

Notons que, du point de vue de l'enfant, on peut se demander ce que "papa" et "maman" veulent encore dire quand ce sont des inconnus (la société), et non les parents eux-mêmes, qui subviennent pour partie aux besoins de l'enfant. Paternité et maternité en sont diminuées, diluées qu'elles sont au sein du corps social. De fait, l'enfant est enfant de l'État comme il l'est de ses parents biologiques (jusqu'au jour où les parents biologiques seront intégralement et autoritairement déchargés de l'éducation de leurs rejetons). Sans doute peut-on penser que le brave petit citoyen sera, une fois devenu adulte, reconnaissant et soumis aux gens de l'État qui l'ont élevé. Il n'y a pas d'âge pour fidéliser la clientèle !

Mais bref, quelles mesures nos maniaques du contrôle social vont-ils prendre ?

Il faut poursuivre la réflexion sur d’autres améliorations du congé parental, notamment pour les familles ayant 1 ou 2 enfants. Par ailleurs, il faut trouver les moyens d’inciter les pères à prendre plus souvent ce congé pour s’occuper de leurs enfants en bas âge. Aujourd’hui, seuls 1% des pères prennent un congé parental…

Pour répondre ces questions, une mission est confiée par le Premier ministre à un parlementaire, auprès du ministre délégué à la Sécurité sociale, aux Personnes âgées, aux Personnes handicapées et à la Famille. Elle aura pour objet d’identifier les différentes pistes d’évolution du congé parental, leurs effets sur l’emploi, les modes de garde, pour une meilleure conciliation entre vie familiale et vie professionnelle.

Ah mince alors, seuls 1% des pères prennent un congé parental ! On peut se demander si cette épouvantable situation ne serait pas un tant soit peu liée avec le fait que 0% des hommes daignent accoucher et que 0% des hommes s'abaissent à donner le sein… La biologie est une opinion sexiste et réactionnaire qu'il n'est que temps de combattre !

En attendant l'avènement de l'homme nouveau génétiquement modifié aux hanches larges et aux tétons prolactinés, nous aurons droit à quelque mission parlementaire pour imaginer les relations que tu auras demain, cher lecteur, avec ta femme, avec ton fils et avec ta mère. Du pur extrait de bonheur en perspective !

(Fin du petit feuilleton sur la Conférence de la famille 2006.)

Note :

1. Les citations sont toutes extraites de ce document (format pdf, 170 Ko).

jeudi 20 juillet 2006

La centrifugeuse familiale (3)

(Suite du post précédent. Je passe au deuxième volet de la Conférence de la famille 2006 : "faciliter l'intergénérationnel au quotidien". C'est assez long, aussi je serai expéditif, n'ayant guère le temps de fignoler mon texte.)

Ce deuxième volet de la Conférence de la famille est une sorte de fourre-tout de mesures diverses, la plupart stupides ou liberticides ou avilissantes (voire parfois les trois à la fois). Pas étonnant d'ailleurs : que peut-on produire d'intelligent quand on s'impose de travailler sur l'"intergénérationnel au quotidien" ? Pur baragouin de sociologue constructiviste dont il ne peut guère sortir autre chose que de nuisibles niaiseries.

Quoique, oh surprise !, nous avons tout de même une mesure neutre, qui ne contraint personne, qui laisse des adultes consentants s'entendre par voie contractuelle. En effet(1) :

Il sera créé un mandat de protection future qui permettra à toute personne, juridiquement capable, de donner mandat à un tiers pour la représenter le jour où elle ne pourra plus pourvoir seule à ses propres intérêts.

À travers ce mandat, la personne pourra définir le contenu et l'étendue de la protection qu’elle décide. Cette protection pourra porter sur la gestion de ses revenus, sur celle de son patrimoine et sur sa protection.

Ce mandat sera contractuel.

Le contrat pourra être conclu :
  • par acte sous seing privé, c’est à dire librement, rédigé et signé directement par la personne qui donne mandat et la personne qui le reçoit. Il sera contresigné par deux témoins.
  • par acte notarié, auprès d’un notaire.

Je n'ai rien de spécial à dire là-dessus (sauf que l'adjectif "notarié" signifie justement "auprès d'un notaire"). Je me demande seulement si le droit actuel ne permet pas déjà de procéder ainsi. Dans ce cas cette disposition serait inutile et inoffensive, ce qui est une excellente chose. (Ben oui, tout le temps qu'un ministre passe à produire des bricoles inutiles et inoffensives il nous fiche la paix.)

Mais passons maintenant aux autres mesures, bien plus discutables. Et commençons par une authentique et inquiétante dinguerie :

Promouvoir un urbanisme intergénérationnel

[…] Le Gouvernement souhaite favoriser le développement de ces réalisations qui concourent à resserrer les liens entre les générations : la présence de petits enfants permet des temps d’échange et de partage avec des personnes âgées, qui continuent ainsi d’avoir une vie active et transmettent leurs savoirs, leur mémoire...

Cette mesure donne, dans le processus d’autorisation des projets, la priorité aux innovations intergénérationnelles. Les préfets et les collectivités territoriales seront ainsi incités à privilégier des projets d’établissements favorisant les liens intergénérationnels.

Imprégnés de l'amphigouri citoyen officiel, nos ingénieurs sociaux poursuivent leurs expériences in situ et in vivo : les cités intergénérationnelles, sans doute mâtinées de métissage éthno-culturo-républicain, seront, à n'en pas douter, d'authentiques réussites où il fera bon vivre, à l'instar des grands ensembles paradisiaques des années 60. Il n'y a jamais de leçon du passé chez les socialistes, il n'y a jamais d'humilité ni de soumission aux faits. Les lendemains qui déchantent sont autant de raisons pour persévérer dans l'erreur : si nous avons échoué c'est que notre collectivisme était trop timide. Forcément.

Tout comme on persévère dans l'erreur en mettant en place une n-ième mesure destinée à aider les "jeunes" :

Pour mieux aider les jeunes qui entrent dans la vie professionnelle, il est proposé :
  • que les jeunes de 18 à 25 ans puissent bénéficier dès 2007 de prêts à taux 0%, garantis par le Fonds de cohésion sociale ;
  • de prendre en charge la garantie de leur logement (locapass).

Le prêt et la garantie correspondante pourront être octroyés, sous condition de ressources, aux jeunes âgés de 18 à 25 ans qui entrent dans la vie active ou qui sont demandeurs d’emploi.

Le prêt vise à soutenir une dépense liée à l’entrée dans la vie active. Pourront ainsi être retenus au titre des dépenses éligibles : l’achat d’une automobile ou de tout autre moyen de locomotion (scooter, moto, etc.), l’acquisition de meubles et équipements importants pour la maison, l’habillement et l’équipement professionnel. Le prêt sera distribué par le réseau bancaire. Il sera d’un montant maximal de 5000 € et garanti par l’Etat grâce au Fonds de cohésion sociale.

Le bénéficiaire pourra le rembourser sur une durée maximale de 5 années. Enfin, cette garantie ouvrira également droit à un locapass (caution, garantie des impayés et des travaux de 24 mois) qui pourra aider le bénéficiaire à trouver plus facilement un logement.

Toujours les mêmes bêtises.

Celle d'abord de considérer "les jeunes" comme une catégorie pertinente et cohérente. Or, le seul point commun aux jeunes de 18 à 25 ans, c'est qu'ils sont âgés de 18 à 25 ans. Pour le reste, il y a de tout : des débrouillards, des empotés, des gros, des maigres, des diplômés, des non-diplômés, des riches, des pauvres, des marrants, des pas drôles, etc. Décrivez-moi dans le détail ce qu'est un "jeune" et je vous parie qu'au moins les deux tiers des gens âgés de 18 à 25 ans échappent à votre description. Bref, "les jeunes" n'existent pas.

La deuxième bêtise est de considérer qu'être pauvre à vingt ans est une anomalie dramatique alors que ce n'en est pas une. Il n'y a au contraire rien d'anormal à être démuni quand on démarre dans la vie.

La troisième bêtise est de croire qu'il faut intervenir. Or la "pauvreté" à vingt ans n'est pas une si mauvaise école de la vie, elle est en outre souvent très supportable à cet âge-là (je n'ai pas un si mauvais souvenir de mes jeunes années de vaches maigres).

Quatrième bêtise : c'est de prendre à des gens non-jeunes pour donner à des gens jeunes sous le prétexte que l'argent des premiers serait plus utile dans les mains des seconds, ce qui une affirmation gratuite, arbitraire et donc fausse. (Et je passe sur l'immoralité manifeste du transfert forcé.)

En fait de bêtises, il est plus probable que les hommes de l'État s'achètent avec l'argent d'autrui de futurs électeurs. C'est toujours autant de citoyens convertis et assujettis.

Mais dans la soumission débilitante, les hommes de l'État vont beaucoup plus loin :

Chaque personne proche de la retraite ou chaque retraité intéressé recevra son « passeport pour une retraite active », c’est à dire un document d’information, incitatif pour l’engager dans le cadre du bénévolat.

Ce document comportera :
  • des informations générales sur le bénévolat et ses avantages ; les domaines dans lesquels il est possible de s’investir ; les associations, centres de documentation et sites à consulter ; les démarches à effectuer ; les droits, etc.
  • un volet local donnera des informations sur les principales associations et lieux d’information à contacter pour effectuer une démarche de bénévolat dans le département. Ce volet sera réactualisé chaque année.
  • un volet d’information destiné à informer les jeunes retraités sur les bénéfices du recours à une alimentation saine et diversifiée (conseil nutritionnels), sur la nécessité de se maintenir en bonne santé physique, dans une perspective de prévention de santé publique.
  • des informations générales sur les services à la personne (Plan de cohésion sociale).

Une pure horreur bienveillante et avilissante. À rapprocher du "passeport de l'engagement" distribués aux enfants de dix ou onze ans (suite à la Conférence de la famille de 2004). D'ici peu, je ne serais pas étonné que nous ayons tous notre passeport du citoyen. Je verrais bien un passeport citoyen à points : 500 points accumulés = 1 journée de RTT supplémentaire ; 1000 points = 5% d'IRPP en moins ; 5000 points = 1 stage gratuit de formation en développement durable ; etc. Ça, c'est pour les bons points, ceux que l'on gagne en allant voter ou en dénonçant son voisin au fisc. Mais on peut aussi imaginer les mauvais points qui sanctionnent une absence à la fête de la musique (- 200 points), un soutien du bout des lèvres à l'Équipe de France de Football (- 50 points) ou une tentative de désaffiliation à la SS (- 50.000 points).

Et d'ailleurs, sur ce principe du dressage citoyen (mais hélas bien réel cette fois-ci) nous avons droit à :

Créer un « compte épargne services » en faveur des retraités qui se sont engagés auprès de la collectivité

Les retraités qui, dans leur quartier ou leur commune, consacrent une partie de leur temps disponible à des actions ponctuelles, bénévoles et de solidarité, souvent intergénérationnelles (par exemple la surveillance des trajets des écoliers, l’aide aux devoirs, la gestion d’une bibliothèque) ont ou auront eux-mêmes des besoins d’aide dans leur vie quotidienne.

[…]

Il s’agit de permettre à des collectivités territoriales (communes, conseils généraux) et leurs établissements publics (CCAS, CICAS), si elles le souhaitent, de pouvoir reconnaître un service antérieurement rendu par ces retraités bénévoles à travers la création d’un « compte épargne services » dans les banques et le versement de CESU(2) pré-financés.

[…]

Les services dont ils pourront bénéficier sont, par exemple :
  • l’entretien de la maison et les travaux ménagers,
  • les petits travaux de jardinage,
  • les travaux de petit bricolage,
  • la préparation de repas à domicile,
  • les courses,
  • la livraison de repas à domicile,
  • la collecte et la livraison de linge à domicile, etc.

Le versement de CESU est, on le voit, purement discrétionnaire. Tout au plus se rattache-t-il à l'idée fumeuse d'engagement auprès de la collectivité. Je sens que les vieux amis de monsieur le Maire ou de monsieur le Conseiller général vont avoir les allées de leurs jardins bien ratissées, leurs tables bien dressées et leurs chemises bien repassées !

Franchement, ces dispositions sentent la manœuvre de margoulin à plein nez : de deux choses l'une, ou bien l'on exerce une activité bénévolement (c'est-à-dire sans rétribution ni contrepartie), ou bien l'on est payé pour cela. Mais verser des chèques à quelqu'un pour des services rendus bénévolement, c'est antinomique. Les gens de l'État s'autorisent ici en fait à distribuer des sinécures aux copains, voire à employer légalement des retraités au noir ! (Puisqu'on paye les bénévoles, on doit bien pouvoir aussi travailler légalement au noir, non ?)

--

Et voilà pour ce deuxième volet, fort décousu, de la Conférence de la famille 2006. Je ne vois guère ce qui, dans cet éventaire de dispositions chamarrées, facilitera "l'intergénérationnel au quotidien". En revanche, je vois très bien se généraliser l'immixtion de fonctionnaires et de règlements au sein des échanges humains les plus banals. C'est d'autant plus désespérant que chacune de ces entraves à la liberté est toujours saluée par la quasi-totalité des gens comme une disposition sympathique, généreuse, voire… libératrice ! Consternant.

(Suite et fin au prochain post.)


Notes :

1. Les citations sont toutes extraites de ce document (format pdf, 170 Ko).

2. Chèque emploi service universel.

lundi 17 juillet 2006

La centrifugeuse familiale (2)

(Suite du post précédent. Je me propose ici de commenter le premier volet de la Conférence de la famille 2006 : "reconnaître et soutenir les aidants familiaux".)

Or donc, jamais avares de créations ingénieuses dès lors qu'il s'agit d'enrégimenter, nos hommes de l'État inventent l'aidant familial. Définition(1) :

Cette mesure vise à reconnaître et définir les aidants auprès des personnes âgées, par un décret créant un article nouveau dans le Code de l’Action Sociale et des Familles.

Pour les personnes âgées, l’aidant familial est défini comme celui qui « apporte, seul ou en complément de l’intervention d’un professionnel, l’aide humaine rendue nécessaire par la perte d’autonomie de la personne âgée ou destinée à prévenir une perte d’autonomie, et qui n’est pas salariée pour cette aide ».

Jusque là, tout va bien. Définition a priori inutile d'une situation des plus banales. On croise les doigts en attendant la suite…

Cette reconnaissance sera effectuée par l’équipe médico-sociale pluridisciplinaire du département qui, déjà aujourd’hui, évalue le besoin d’aide de la personne âgée et construit son plan d’aide.

Et hop ! En deux coups de cuillère à pot, nos hommes de l'État viennent de décréter qui aide et qui n'aide pas son grand-père alité. Aide son grand-père celui qui est agréé par la commission idoine. Sinon, il ne l'aide pas. On change le sens des mots, on décrète benoîtement la réalité et surtout, mine de rien, on s'introduit dans les familles pour statuer et dire qui fait quoi. Le lien entre pépé et sa petite-fille passe dorénavant par les hommes de l'État. Ce qu'il pouvait y avoir d'unique et d'intime disparaît : la relation entre pépé et sa petite-fille est à présent une affaire publique réglementée. L'humanité, la solidarité et la singularité s'effacent au profit de la norme administrative.

Et à quoi va donc maintenant servir cette lumineuse définition de l'aidant familial ? D'abord à distribuer des droits :

Créer un congé de soutien familial avec constitution de droits à retraite

Créer un droit au répit pour les aidants familiaux

En substance, lesdits droits consistent à assurer un certain confort à l'aidant familial, confort qui sera financé par ses voisins de contribuables. De fait, il commence à il y avoir pas mal de monde entre pépé et sa petite-fille : c'en est vraiment terminé du lien privilégié qui les unissait. Quand au voisin contribuable qui a cassé sa tirelire pour payer une place en maison de retraite à sa vieille maman, eh bien lui n'a droit à rien de particulier, il a seulement l'obligation de financer son aidant familial de voisin qui n'a pas fait le même effort financier que lui. Quelle belle chose que la cohésion sociale quand même !

Contrepartie des droits au congé ou au repos, un contrôle étatique des faits et gestes de l'aidant familial par le biais du "Carnet de l'aidant familial" :

Il [le carnet de l'aidant familial] est destiné à :
  • informer l’aidant sur ses droits, lui indiquer les coordonnées des centres d’information et les adresses des associations actives dans ce domaine ;
  • constituer un « lieu de mémoire » et de référence à la charge symbolique forte (au même titre qu’un carnet de santé) ;
  • faciliter la collecte de documents et de preuves de ses activités, des formations suivies, de son engagement associatif, etc.

Il faut vraiment être un psychopathe d'étatiste pour imaginer un truc pareil ! Rappelons-le, aider un vieillard, c'est faire ses courses, discuter avec lui du temps qu'il fait, lui préparer la soupe et lui donner un coup de main pour la toilette. Et ces activités-là, il faudrait les coucher sur le papier ?! Et ça va constituer un lieu de mémoire !?! La passion morbide du contrôle des existences poussent les hommes de l'État à des extrémités incroyables. Il faut maintenant justifier à l'aide de documents et de preuves que l'on a bien préparé la soupe de pépé !

On relèvera qu'est évoqué à propos du Carnet de l'aidant une formation. En effet :

Afin de répondre à leurs besoins, la possibilité est ouverte aux aidants familiaux de recourir à des formations ou à des actions collectives de soutien psychologique.

Une formation et un soutien psychologique pour passer la serpillière ou faire les courses de pépé, on aura tout vu ! C'est toujours comme ça avec les missions de Service public : no limit !

Avec le Service public, au début, il est juste question de police et de justice. OK, très bien. Et puis finalement, on y ajoute aussi le réseau routier. Pourquoi pas, hein ? Et puis tant qu'on on y est, soyons fous, incluons l'éducation des enfants dans le package. Yeah ! Et aussi un système de soins. Super ! Et puis la retraite pour les vieux. Hip, hip, hip, hourra ! Et puis, et puis, et puis… les intermittents du spectacle, les ours tchèques dans les Pyrénées, la protection de la banane française, la taxe sur les billets d'avion qui guérit du paludisme, la plage à Paris, plus de plage à Mururoa, le PC à un euro par jour, les balades en kayak dans le Stade de France(2), etc. Excuse-moi, cher lecteur, si tu es à table, mais le Service public, c'est une chiasse cyclopéenne et inextinguible.

Mais bref, revenons-en à nos moutons : sur quoi vont déboucher ces stupides formations ?

Tout aidant familial qui souhaitera devenir un professionnel dans le domaine médico-social pourra faire reconnaître les acquis de son expérience en tant qu’aidant familial, à l’occasion d’une évaluation par un centre de formation.

Seuls les plus grands naïfs ne se doutaient pas d'une telle conclusion : la norme, le diplôme, le statut. Rendez-vous dans trois ou quatre ans : le statut d'aidant familial ne sera plus alors seulement une possibilité mais une obligation. C'est-à-dire qu'il sera interdit par la loi d'aider pépé si l'on n'est pas au préalable reconnu comme aidant familial agréé par les hommes de l'État. Autrement dit : il sera interdit de nouer directement des liens avec pépé, il sera seulement autorisé de solliciter auprès des hommes de l'État la possibilité d'assister son grand-père. Certificats, normes, contrôles, homologations : tout ce qui, au sein de la famille, relève de la chaleur humaine et de la simplicité, est ici transcrit en barbarie froide et administrative.

La centrifugeuse familiale broie les liens familiaux naturels, y substitue une machinerie glacée et arbitraire. Elle détruit la solidarité au nom de la solidarité, avec le cynisme tranquille des tyrans.

(À suivre…)


Notes :

1. Les citations sont toutes extraites de ce document (format pdf, 170 Ko).

2. Si, si. J'ai vu de mes yeux vu à la télé des cons qui se promènent en kayak dans une immense bassine posée en plein Stade de France, le tout au frais du contribuable et au prétendu bénéfice de ceux qui n'ont pas les moyens de se payer des vacances au bord de la grande bleue.

vendredi 14 juillet 2006

La centrifugeuse familiale (1)

Je crois qu'il y a au fond, chez le social-démocrate, un enracinement dans le socialisme révolutionnaire. Quoiqu'il prétende, quoiqu'il se refuse à admettre, le social-démocrate est un constructiviste qui rêve d'hommes soumis au Corps social, qui rêve d'hommes nouveaux, qui rêve de la mort des hommes tels qu'ils sont. La social-démocratie n'est qu'un moyen présentable de faire passer la pilule. Mais en filigrane, la table rase reste l'idée fondatrice.

À cet égard, la Conférence de la famille est exemplaire. Ce "moment fort de l’action publique", comme le dit Dominique de Villepin, s'attache de fait à couper les liens établis entre l'individu et sa famille pour y substituer un lien organique unique entre l'individu et l'État. Autrement dit, en pratique, les hommes de l'État tentent de s'imposer comme vecteurs exclusifs des rapports entre une fille et sa mère, entre un homme, sa femme et ses enfants. C'est une politique de destruction de la famille : l'ordre social naturel doit céder la place à la juxtaposition étanche des individus. La Conférence de la famille, et la politique familiale en général, est une centrifugeuse. Objectifs : une société atomisée, des individus-terminaux exclusivement reliés à l'État-serveur, l'État comme interface totale des rapports entre les individus. À terme, le mot individu pourra d'ailleurs être avantageusement remplacé par abacule(1).

Si cette monstruosité glacée n'est pas encore accomplie, elle est en bonne voie et l'édition 2006 de la Conférence de la famille est un cru honorable. Trois grosses parties :
  1. reconnaître et soutenir les aidants familiaux,
  2. faciliter l'intergénérationnel au quotidien,
  3. faciliter la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle.

Je me propose de traiter ce sujet sur plusieurs posts. En effet, l'État congolais n'atteint pas l'excellence de son homologue français et ne me facilite aucunement l'intergénérationnel au quotidien avec ma fille nouveau-née. Résultat, ma femme et moi devons la changer et la laver nous-mêmes, sans compter les nuits blanches qui s'accumulent à cause des pleurs. Bref, ça foire complètement au niveau de l'intergénérationnel en ce moment, ce qui m'oblige à poster par petits bouts. À bientôt donc pour la suite. En attendant, vous pouvez vous régaler de ce compte rendu sur la dernière édition de la Conférence de la famille (document pdf de 170 Ko environ).


Note :

1. Les abacules sont ces petits cubes de terre cuite qui constituent une mosaïque.

mardi 11 juillet 2006

Le monde marche sur la tête

Suivez le lien !

samedi 8 juillet 2006

Délire systématique

Je tombai il y a quelques jours sur l'émission "i> a pas que le CAC" de la chaîne i>Télé. Le principe de l'émission est simple : deux professeurs d'université, messieurs Chalmin et Maris débattent de l'actualité économique.

"i> a pas que le CAC" est un nom d'émission un peu énigmatique. Car y a-t-il, pardon, i> a-t-il une seule personne sur Terre qui pense qu'il n'y a que le CAC ? Une idée aussi saugrenue a-t-elle un jour été produite par un cerveau sain ? Sans doute les audacieux créateurs de l'émission tenaient-ils à promouvoir un point de vue sur l'économie qui prenne le contre-pied original d'idées que personne ne défend. Courageux et rebelles. Tout comme est courageusement rebelle le fait de confronter un professeur social-démocrate à un professeur altermondialiste, ce qui assure dans tous les cas, quelle que soit l'issue du débat, le triomphe des idées d'un fonctionnaire socialiste.

Mais bref, je n'ai pas l'intention de rebaptiser ou de modifier les émissions de i>Télé, après tout, ils font ce qu'ils veulent et je m'en contrefiche. Venons-en plutôt au sujet de principal de l'émission de la semaine dernière : la discussion portait sur le fameux don du milliardaire Warren Buffet d'une très grosse part de sa fortune à des œuvres de bienfaisance.

Bernard Maris, affectant un air serein et détendu, nous explique d'emblée que le don de M. Buffet s'inscrit à rebours du libéralisme, que l'estime que l'on peut porter à l'auteur du don ne doit pas être portée au crédit du libéralisme. Car Bernard Maris est du genre "vigie militante", il a un message politique à asséner. Il ne vient pas à la télé pour discuter et trouver la vérité, il y vient pour conscientiser les masses. En l'occurrence, le téléspectateur moyen pourrait s'imaginer qu'un milliardaire américain ayant fait fortune dans la finance n'est pas exactement un socialiste bon teint, que ledit milliardaire est peut-être même un tout petit peu libéral sur les bords. Or M. Maris ne veut pas que l'on pense cela, ça jure avec son petit catéchisme dualiste et altermondialiste (gentil = socialiste, méchant = libéral). Et donc il prend les devants (Buffet très généreux => Buffet gentil => Buffet socialiste).

Son vis-à-vis, visiblement un peu consterné, ose avancer qu'il ne voit pas trop ce qu'il y a de libéral ou de non libéral à effectuer un don. M. Chalmin a raison : rien, dans le libéralisme, ne s'oppose au don, à la générosité et à la solidarité. Les libéraux ne s'opposent qu'à la fausse solidarité, celle qui s'appuie sur la coercition et la spoliation, et qui n'est un transfert de fonds autoritaire au bénéfice d'une clientèle.

Contre-attaque immédiate de Bernard Maris qui a tout prévu : il rapporte que Warren Buffet estime normal de donner une grande partie de sa fortune puisque, le dit-il lui-même, s'il est si riche, c'est aussi grâce aux autres. Et toc ! À genou le libéralisme ! Affaire bouclée ! Mission accomplie ! Tout va bien, on a eu chaud mais on est sauvé ! Merci Bernard !

Il est sans doute utile de préciser ici les diplômes de M. Maris : agrégation et doctorat en économie. Autrement dit, Bernard Maris sait pertinemment que le libéralisme n'interdit absolument pas le don (et que le socialisme interdit forcément de donner ce qu'il confisque). Mais aussi, M. Maris sait très bien ce qu'est la valeur pour les libéraux. La valeur est créée au sein de l'échange, il n'y a pas de création de valeur hors de l'échange et de la coopération entre les hommes. C'est une évidence : créer des richesses monétaires si l'on est seul au monde, si l'on ne noue aucun lien avec quiconque, n'a aucun sens. Warren Buffet est effectivement très riche grâce aux hommes avec qui il a échangé, et sans eux ses milliards de dollars n'existeraient pas. En disant cela, notre milliardaire ne s'oppose aucunement à une vision libérale de la valeur, bien au contraire. Qu'en outre, alors qu'il est vieillard et que les hommes de l'État reluquent son or, il souhaite que son immense fortune ne tombe pas entre n'importe quelles mains, en quoi est-ce un comportement anti-libéral ?

Attention ! Je ne cherche pas ici à utiliser Warren Buffet, ses idées et ses actes, au service d'une cause (le libéralisme) qui n'est peut-être pas la sienne. M. Buffet est peut-être au fond un constructiviste de la pire espèce, là n'est pas la question, et d'ailleurs cela m'est égal. Je dis seulement qu'un professeur agrégé en économie, en outre docteur, qui affirme que donner n'est pas compatible avec le libéralisme et que créer de la valeur grâce à autrui n'est pas non plus compatible avec le libéralisme, est un menteur patenté qui sait très bien ce qu'il fait. C'est un homme sans scrupules qui utilise le lustre de ses diplômes, de son statut professionnel et de son statut de vedette médiatique pour tromper et manipuler.

Je suis curieux de savoir comment M. Maris, dans son délire systématique, peut expliquer le fait que Warren Buffet cède 80 % de sa fortune à des fondations privées et non à des États ou à des organisations super-étatiques (ONU, UNICEF, etc.). Ça aussi, c'est à contre-courant du libéralisme ?

vendredi 30 juin 2006

Les mailles se resserrent

Ce qui est bien avec la campagne, c'est qu'on s'y sent moins oppressé, on respire. Moins d'agitation, des bruits plus doux, plus harmonieux, moins de règles et de contraintes. Et puis moins d'État aussi. Les gens de l'État aiment surtout les grandes concentrations humaines : il y a moins à parcourir d'un contribuable à l'autre. À la campagne, ce sont parfois plusieurs kilomètres qu'il faut avaler, et ce n'est pas drôle. Il faut être vraiment motivé, avoir ma prédation dans le sang. Or l'homme de l'État préfère l'argent facile, sinon bien sûr il travaillerait vraiment au lieu de vivre en parasite d'autrui.

J'ai habité plusieurs années durant une cabane en bois montée sur pilotis dans la forêt guyanaise, à quelques kilomètres d'un petit village. Un terrain régulièrement inondé, infesté de moustiques, parcouru par les animaux les plus divers, de l'anaconda au caïman en passant par le paresseux. La cabane elle-même abritait, outre votre serviteur, quelques rainettes que venaient chasser mygales ou serpents liane. Bref, une habitation suffisamment isolée et déconcertante pour que l'homme de l'État m'y laisse en paix. J'étais ignoré et heureux. Les fonctionnaires ne pointaient pas leurs nez tous les quatre matins pour m'imposer une mise aux normes sanitaires, pour exiger la carte grise de ma pirogue, pour m'enjoindre d'acheter des produits certifiés CE ou NF auprès de commerçants dûment déclarés, pour jouer des castagnettes sous mes fenêtres le 21 juin, pour m'exproprier afin d'ériger une médiathèque municipale ou encore, plus généralement, pour me redresser la citoyenneté (à ma plus grande honte, j'ai la citoyenneté branlante). C'est bien simple : on ne m'a même pas réclamé non plus de taxe d'habitation. Dans des situations semblables se trouvaient d'ailleurs de nombreuses autres personnes disséminées dans la forêt, Amérindiens, Noirs marrons, Hmongs ou Européens exilés, le sabre ou le fusil chargé toujours à portée de main, prêts à accueillir l'importun, façon brousse.

Un état d'esprit frondeur qui s'est longtemps perpétué dans les campagnes françaises de métropole. Il y a quelques décennies à peine, on tirait encore sur le garde-chasse zélé, on distillait le moût en se contrefoutant du fonctionnaire, on travaillait sans factures au nez et à la barbe du percepteur, on achetait le foie gras de la voisine en se moquant des normes européennes. Bref, on vivait en bonne intelligence, anarchiquement et paisiblement.

Hélas, cet esprit d'indépendance a presque disparu, les paysans se sont faits piéger par la subvention empoisonnée et sont devenus de fait fonctionnaires, la résistance à l'oppression s'est considérablement émoussée. Les rétiaires d'État resserrent à présent les mailles des filets et affûtent leurs tridents ; la déshumanisation totale des campagnes n'est plus qu'une question de temps(1) :

Une charte(2) pour les services publics en milieu rural

Dominique de Villepin a signé, le 23 juin 2006, la Charte sur l’organisation de l’offre de services publics en milieu rural. Il s’agit de réduire les inégalités d’accès et de garantir une offre mieux répartie sur le territoire.

[…]

Les principes d’égalité entre les territoires et entre les citoyens devront être respectés. Essentielles au milieu rural, la proximité et l’accessibilité des services publics devront être assurées. Les collectivités devront donc rechercher « toutes les formules de mutualisation, de regroupement (...) ou de dématérialisation des relations avec les gestionnaires de service public ou au public ». Le Premier ministre estime essentiel, par ailleurs, de s’ « appuyer sur les nouvelles technologies ».

En réalité, la proximité des services publics n'a rien d'essentiel. Les gens qui ont choisi de vivre à la campagne ne se plaignent généralement pas des distances qui les séparent de la CAF, des services fiscaux ou de la CNAM. Bien au contraire, ce qui attirent les gens à la campagne c'est notamment cet isolement relatif, cette distance mise entre soi et la machinerie administrative. Sinon, ils iraient plutôt vivre en ville, pardi !

Les Français qui habitent à la campagne ne sont pas particulièrement demandeurs d'une plus grande proximité avec les services publics, ce sont en revanche les services publics qui souhaitent être au plus près des contribuables. Car, la technologie aidant, il devient de moins en moins fatiguant et de plus en plus rentable de traquer l'administré jusque chez lui au fin fond de l'Aubrac ou des Alpes. Voilà les vraies raisons de la mise en coupe réglée des campagnes.

[…]

Cette politique sera dotée de moyens financiers distincts du fonctionnement normal des services, associant les collectivités territoriales et spécialement dédiés aux projets retenus. Le Gouvernement portera ainsi en 2006 la dotation de développement rural à 20 millions d’euros, auxquels s’ajouteront 20 millions provenant du fonds national de développement et d’aménagement du territoire. Plus spécifiquement, des actions « propres au développement du haut débit sur tout le territoire » et à la téléphonie mobile seront engagées. Un « formidable outil », selon le Premier ministre, pour rompre l’isolement.

J'insiste : il n'y a pas de problème d'isolement pour les gens de la campagne. Cet isolement est au contraire une situation très prisée, et d'ailleurs bien des fermes du bout du monde s'arrachent souvent à prix d'or. Ce sont en réalité les services fiscaux qui souhaitent être à deux clics de souris des contribuables et non le contraire.

Quoiqu'il en soit, si vraiment quelques campagnards souffrent d'isolement, qu'ils quittent donc les champs et les bois pour un lotissement de banlieue, qu'ils abandonnent les brebis et les vignes pour embrasser une chouette carrière de technicien de surface chez Carrefour. Ils auront alors l'immense joie de payer des impôts pour financer l'internet à haut débit dans les campagnes. Ce que je veux dire au fond, c'est qu'il y a des avantages et des inconvénients à vivre à la campagne, de même qu'il y a des avantages et des inconvénients à vivre en ville, que chacun est libre de s'installer où il veut et que chacun est tenu de se débrouiller avec les conséquences de ses choix. Après tout, celui qui jouit quotidiennement du calme et de la beauté champêtres va-t-il céder au banlieusard une partie de ce calme et de cette beauté-là ? Non ! Et il n'y a donc aucune raison pour que le banlieusard soit contraint de financer le PC du paysan.

Les péréquations étatiques sont des horreurs qui nient les choix de vie de chacun, qui nient les goûts et les singularités, qui transcrivent le goût de Jean pour le soleil en euros ou la tranquillité de Pierre en taxes. L'idéal social étatique est un idéal de clayères, de parc à huîtres aux destins homogènes. La vie humaine, dans ce qu'elle a de complexe, de brouillon, de foisonnant, de varié, de riche est niée : l'idéal étatique est un idéal de mort.

Enfin, le Gouvernement souhaite encourager les projets innovants, notamment à travers les pôles d’excellence rurale. 340 dossiers ont été déposés en deux mois.

Traduction : le gouvernement s'autorise à soudoyer n'importe quel affreux au service de la cause. Et les affreux ne manquent pas, ils sont 340 en deux mois. Plus que jamais, « l'État est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde ».


Notes :

1. C'est à lire sur http://www.psychopathes.gouv.fr.

2. La charte à la noix est ici, au format pdf.

vendredi 23 juin 2006

Les créanciers perpétuels

L'idée de lutte des classes, cet antagonisme qui oppose la classe des exploités à la classe des exploiteurs, conserve une certaine validité dans nos démocraties modernes. D'une part, ceux que la contrainte étatique spolie ; d'autre part, ceux qui touchent les dividendes de cette contrainte. Une fracture sociale qui n'a rien d'accidentel, qui découle somme toute assez naturellement du suffrage universel : d'une population pourra toujours émerger une majorité décidée à exploiter en toute décontraction une minorité.

Certes, les choses ne sont pas si simples. Dans bien des situations, nous sommes à la fois exploiteurs et exploités. Par exemple, comme usager de la Sécurité sociale, je suis un exploiteur (je contrains autrui à payer mes soins) mais je suis aussi exploité (on me contraint à payer les soins d'autrui). Autre exemple, un cheminot est à la fois un exploiteur (monopole de la SNCF, subventions de l'État) mais aussi peut-être un exploité (car contraint d'exercer son métier dans le seul cadre de la SNCF alors qu'il souhaiterait peut-être fonder sa propre compagnie de chemin de fer). Ces ambivalences ne sont d'ailleurs pas fortuites : les aliénations croisées sont le ciment très particulier des social-démocraties(1).

Mais bref, si les situations ne sont pas toujours des plus claires, il n'en reste pas moins que certains individus s'inscrivent sans ambiguïté dans la catégorie des exploiteurs, ne s'en cachent pas, revendiquent cette appartenance et semblent d'ailleurs en tirer une certaine fierté. En quelque sorte, ils se posent en créanciers perpétuels, en êtres d'exception dont la collectivité est redevable quoiqu'ils fassent.

Voici quelques uns de ces énergumènes désinhibés, observés ici(2) en pleine partie de chasse à la subvention dans leur biotope favori, ce fameux cloaque qui s'étend du Ministère de la culture au monde interlope des associations artistiques sous perfusion étatique, en passant par les pages "culture" de quelques "grands" journaux dopés aux aides à la presse écrite :

Le cirque contemporain appelle à l'aide

"Le cirque en danger" ! Territoires de cirque, réseau français regroupant quatorze lieux de production et de diffusion des arts de la piste, s'alarme de la situation économique du cirque contemporain. Il a remis une analyse en ce sens au ministre de la culture, Renaud Donnedieu de Vabres.

Quand un quidam a besoin d'aide, il s'adresse à la police (s'il est agressé), ou aux pompiers (si le feu menace sa maison), ou à son banquier (s'il est confronté à des problèmes financiers) ou encore à toute autre personne susceptible de le soutenir dans l'épreuve. À toute autre personne sauf, bien sûr, à un ministre ! De ça, il n'en est pas question un seul instant ! Imaginez un peu : « Bonjour monsieur le ministre, je suis carrossier à Aurillac et les affaires ne marchent pas très fort depuis quelques années. Pourriez-vous me venir en aide, siouplé ? ». Impensable !

Eh bien, quand un créancier perpétuel estime que sa situation économique n'est pas conforme à ses attentes, il écrit, lui, tout naturellement au ministre en personne. Et tout naturellement, le "journal de référence" national relaie publiquement ses doléances. Voilà comment se passent les choses dans les sociétés à deux vitesses.

Cinq ans après l'Année du cirque, la reconnaissance de cet art, placé sous l'autorité du ministère de l'agriculture jusqu'à la fin des années 1970 (en raison de la forte présence d'animaux), reste fragile, voire en perte de vitesse. Après l'euphorie, la gueule de bois. L'élan a été stoppé, la visibilité parasitée.

La France compte 404 compagnies de cirque, contre 93 en 1990. Si la formation a été accompagnée, avec la mise en place d'écoles de haut niveau comme celle du Centre national des arts du cirque (CNAC) de Châlons-en-Champagne, le soutien des jeunes artistes constitués en compagnie n'est pas à la hauteur. En 2004, les subventions du ministère atteignaient, pour les écoles, 4 834 341 euros, contre 3 805 817 euros pour les compagnies.

Donc le voilà notre secteur en grande difficulté économique : on passe de 93 compagnies de cirque en 1990 à 404 en 2006, soit une progression du nombre de compagnies de près de 10 % par an pendant seize ans !

À l'aide ! Au secours ! Les 8,6 millions d'euros de subventions annuelles du ministère (auxquelles il faudrait ajouter les subventions des municipalités, des départements, des régions et tutti quanti) attirent tant d'avides aspirants à la créance perpétuelle que les parts du gâteau deviennent de plus en plus dérisoires ! C'est bien simple : si rien n'est fait, les gens du cirque vont devoir gagner leur vie par eux-mêmes ! Comme des gens ordinaires, quoi ! Comme le font des shampouineuses, des éboueurs ou des vigiles de parking !

« L'année du cirque a été utile, commente Marc Fouilland, président de Territoires de cirque et directeur de Circuits d'Auch. En créant par exemple les douze pôles cirque en région, qui se sont constitués depuis en Territoires de cirque avec d'autres partenaires, le ministère montrait son désir de s'engager en donnant un élan aux collectivités territoriales. Depuis, ces lieux, en général de petites structures situées dans des petites communes comme Lannion ou Auch, peinent. Et les artistes rament pour monter des coproductions et se faire diffuser. »

Eh oui ! Les artistes peinent, les artistes rament, comme le dit M. Fouillant (à la tête de deux organisations, soit deux fois plus de subventions). Aucun mot bien entendu pour ces gens ordinaires qui peinent et qui rament dans un boulot qui ne leur plaît pas toujours, et qui en outre sont contraints de financer un cirque qu'ils n'ont pas envie d'aller voir.

Car c'est aussi bête que cela : si les gens allaient au cirque, le cirque ne serait pas en danger, mais les gens ne vont pas au cirque (parce que ça ne les intéresse pas) et donc le cirque manque d'argent. Et comme les "artistes" du cirque n'ont pas les moyens de contraindre les gens ordinaires à venir les voir, ils se contentent de leur faire les poches.

Et il suffit ensuite d'enrober ce qui n'est rien d'autre qu'un vol(3) de quelques propos emberlificotés :

Depuis 2001, ces quatorze lieux constituant Territoires de cirque, tous très divers dans leur statut et dans leur parti pris artistique, ont appris à se connaître. Chacun des directeurs est allé chez ses voisins pour imaginer une pensée collective de défense des arts de la piste.

Pendant que des millions de Français apprennent à se connaître tous seuls comme des grands et sans être subventionnés pour cela, d'autres "imaginent une pensée collective de défense", c'est-à-dire, en des termes moins châtiés, organisent la prédation pour racketter plus large !

(Je saute quelques paragraphes de l'article dans lesquels il nous est expliqué que si les gens du cirque ne prenaient pas autoritairement aux autres avec la complicité de l'État, alors ils ne vivraient pas aussi bien. Argument imparable auquel il est difficile de répondre sans perdre son calme.)

Autre point névralgique : le retour d'un cirque de divertissement, plus facile à vendre, qui évacue les risques artistiques au profit des grosses ficelles conviviales. Pour les compagnies, un encouragement à la création passerait donc par un effort dans l'accueil des compagnies, la mise à disposition de chapiteaux pour travailler, l'invention de centres pour des résidences spécifiques. Il est urgent aussi de préserver dans les villes des emplacements pour l'implantation des toiles de plus en plus déplacées vers les périphéries.

Où l'on apprend que les "artistes" du cirque savent très bien comment attirer suffisamment de spectateurs pour vivre de leur art, mais que… ILS NE VEULENT PAS S'ABAISSER À SATISFAIRE LE PUBLIC ! Et qu'ils ne veulent pas non plus renoncer à le faire cracher au bassinet ! La muflerie, la morgue et l'égocentrisme se portent à merveille dans le milieu du cirque ! C'est révoltant ! Le résultat, à n'en pas douter, de longues années de biberonnages intensifs au sein étatique.

Contre l'appauvrissement qui menace, Territoires de cirque multiplie les prises de parole. Le réseau entend faire parler des arts de la piste au Festival d'Avignon, lors d'une journée spéciale rassemblant la profession.

Alors là, l'apothéose ! Le bouquet final ! Un chantage à peine voilé et parfaitement désinvolte : vous payez la rançon ou sinon on vous pourrit le festival d'Avignon. Les masques tombent : entre argent facile et culture, nos "artistes" du cirque affichent leur choix.


Notes :

1. Cf. ce post : L'asile d'aliénés.

2. C'est à lire dans le Monde du 15 juin 2006 : précisément ici.

3. Le mot "vol" est ici relatif au droit naturel bien sûr, et non au droit positif. Relativement au droit positif, la démarche des "artistes" du cirque est parfaitement légitime, digne, citoyenne et socialement vitaminée.

mercredi 14 juin 2006

La vie étiquetée

Dans leur travail d'assujettissement des êtres, les directeurs du parc à thèmes national font principalement usage de deux instruments : l'impôt et la réglementation. Avec un effet recherché de rasoir à deux lames : l'impôt nous prive d'une bonne moitié de nos richesses (première lame), et la réglementation nous interdit d'utiliser les richesses restantes comme nous le voudrions (deuxième lame). Résultat : une société propre et nette, sans poils de liberté qui dépassent.

Seulement voilà, le système n'est parfait qu'en théorie et il arrive que quelques velléités indistinctes échappent aux faux étatiques, que subsistent accidentellement de maigres latitudes d'action volontaire et indépendante. C'est la vie : les administrés échouent souvent à se comporter en robots, hélas. Sans doute quelques scories primitives des temps pré-citoyens, quelques séquelles d'un individualisme que l'on croyait terrassé.

Mais bref, quoiqu'il en soit, les étatistes ne pouvaient pas laisser la situation perdurer : puisque le citoyen manifeste une certaine propension à s'écarter du chemin en dépit des barrières et des rails, balisons donc le chemin, montrons la voie, induisons les bons comportements, étiquetons la vie, labellisons l'existence. Puisque la manière forte n'y suffit pas, prenons gentiment le vulgaire par la main, accompagnons-le et faisons-lui découvrir combien l'État lui a réservé des merveilles.

Label Rouge, label national Ville Internet, label Ville Fleurie, label Bio, Appelation d'Origine Contrôlée, label Internet, etc. Tout un système de signalisation destiné à renforcer le conditionnement et, in fine, à étendre l'empire étatique sur les consciences.

Dernier en date de ces labels idiots, le label "Famille Plus"(1).

Léon BERTRAND, ministre délégué au Tourisme, a lancé officiellement le mardi 30 mai 2006 le nouveau label FAMILLE PLUS, qualifiant l’accueil et les prestations proposés aux familles et aux enfants dans les communes touristiques françaises. Ce label s’inscrit dans la démarche du Plan Qualité Tourisme qui vise une meilleure lisibilité de l’offre touristique française.

Voilà. Dans le temps jadis, il arrivait fréquemment que des familles ne partent pas en vacances dans les bonnes communes, c'est-à-dire dans les communes que les gens de l'État estimaient préférables. Situation des plus regrettables. Car il faut bien comprendre que les gens de l'État savent mieux que quiconque où et comment Pierre, sa femme Marie et leurs trois enfants devraient idéalement passer leurs vacances, où et comment François, célibataire, profiterait au mieux de ses congés, où et comment Frédéric et Amina, jeune couple sans enfants, passeraient le plus beau des week-ends. Ce que les gens de l'État apportent à ces aimables crétins qui partent en vacances en dépit du bon sens collectiviste, c'est de la lisibilité. L'homme de l'État est voyant, il est le phare qui ouvre la voie.

FAMILLE PLUS est le fruit du travail de trois associations de communes touristiques : l’Association Nationale des Maires des Stations de Montagne (ANMSM – Ski France), l’Association Nationale des Maires des Stations Classées et des Communes Touristiques (ANMSCCT) et la Fédération des Stations Vertes de Vacances et Villages de Neige, qui représentent aujourd’hui 1700 destinations touristiques françaises.

Magie du Service public et de la productivité : 1700 communes, trois associations subventionnées, un ministère indispensable et hop ! abracadabra ! vous obtenez un label "Famille Plus" !

Face à un besoin croissant des familles en termes d’accueil, d’animations adaptées à chacun, FAMILLE PLUS s’engage sur :
- un accueil personnalisé ;
- des animations et des activités adaptées à tous les âges ;
- des tarifs malins ;
- une sensibilisation des professionnels aux attentes des enfants.

Bien sûr, contrairement à ce qui est écrit, le label ne s'engage en rien. D'abord parce qu'un label ne peut pas s'engager, ensuite parce qu'aucun contrat n'est passé avec quiconque. C'est-à-dire que les maires des communes labellisées n'ont aucune obligation véritable, et que les gogos victimes du label "Famille Plus" n'auront aucuns droits à faire valoir. Car la seule et véritable raison d'être du label est la conscientisation du citoyen, sa valeur est éducative : un comportement est attendu.

D'ailleurs, les prétendus engagements sont d'une totale vacuité. Un accueil personnalisé ? Quelle différence avec le fait d'être accueilli normalement ? Des animations et des activités adaptées à tous les âges ? Ainsi, les gens de l'État savent ce que l'on doit faire et ne pas faire selon que l'on est jeune ou vieux ? Ou bien est-ce à dire qu'avant le label "Famille Plus", on obligeait les vieux à faire du deltaplane et les adolescents des mots croisés ? Des tarifs malins ? Comment ça, "malins" ? Doit-on comprendre "méchants" ? Ou plutôt "astucieux" ? Comment donc un tarif peut-il être astucieux ? Une sensibilisation des professionnels aux attentes des enfants ? Les professionnels n'ont-ils jamais été enfants eux-mêmes ? N'ont-ils pas des enfants ? Sont-ils, en tant que professionnels de l'accueil des familles en général et des enfants en particulier, moins au fait des attentes des plus jeunes que ne le sont des présidents d'associations ou un ministre ?

« FAMILLE PLUS, destination pour petits et grands », est le label auquel les familles vont pouvoir se référer, dès cet été, pour un séjour réussi.

Véritablement savoureux ! Ça sent la bonne vieille réclame de pépé !

Mais ce qui est, somme toute, le plus cocasse, c'est cette prétention à être une référence, à apposer son label comme gage de sérieux et de solidité alors que, justement, l'État ne nous montre que déficits abyssaux, gaspillages monstrueux, grenouillages pathétiques, interventions irresponsables et viols quotidiens des droits de l'homme. C'est bien simple : à la seule vue du label d'État "Famille Plus", les familles devraient s'enfuir sans délai à toutes jambes !

Note :
1. Document au format pdf (400 Ko environ) à télécharger ici.

vendredi 9 juin 2006

États, ONG et carambouilles

Hôpital public Congo malembé (littéralement : Congo pas trop vite) de Tié-Tié, faubourg ponténégrin. Je suis dans le petit bureau déprimant de M. René Tchiyaka (j'ai changé le nom). Avec un sourire, René pousse vers moi deux piles de billets de dix mille francs.

« Voilà ! Tout est là !
- Très bien. », dis-je. « Je vais recompter tout ça, au cas où une erreur ce serait produite.
- Oh, ne vous fatiguez pas…
- Ce sera vite fait, la plupart sont tout neufs et rangés par numéro. C'est vous qui les fabriquez ?
- Euh… non, je les ai eu à la banque. », me répond, perplexe, mon interlocuteur.

L'ami René est manifestement étanche à l'humour. Je laisse tomber et compte minutieusement les billets.

« Bien, les liasses sont complètes…
- Parfait ! », enchaîne prestement René en me tendant une feuille de papier. « Vous pouvez signer l'acte de vente du véhicule !
- C'est que les liasses sont bien complètes… mais il en manque deux. Je n'ai compté que deux millions, il manque donc deux liasses de cent mille francs. Pendant que je signe, trouvez-les moi s'il-vous-plaît.
- Ah… mais il faut être généreux ! Vous savez au Congo, nous avons besoin d'être aidés !
- Précisément : j'habite le Congo, je suis congolais de fait et j'ai besoin d'être aidé. Soyez généreux avec moi, René : payez donc ce qui était convenu.
- Ah… mais vous les Moundélés (les Blancs) vous êtes d'ordinaire gentils avec les Congolais… vous ne pouvez pas faire un petit cadeau ?
- Non, non, non ! Les anciens Moundélés étaient gentils, mais les nouveaux sont méchants. C'est comme ça, il n'y a plus de cadeaux. Sortez donc les liasses manquantes de votre tiroir, mon cher René. »

René explose de rire, le coup des anciens Moundélés gentils et des nouveaux Moundélés méchants le fait se boyauter, il n'en peut plus. Il ouvre son tiroir et en tire deux cent mille francs qu'il pose sur le bureau.

« On y est presque, il manque juste cinq mille francs dans cette liasse », dis-je après avoir compté.
« Ah bon ? Vous êtes sûr ? Comment ça se fait ?
- Sans doute un rat. »

René me sent intraitable et se résout à sortir le billet de cinq mille francs qui manque. Je signe l'acte et m'apprête à prendre congé.

Mais René veut absolument que je visite l'hôpital avant de partir et nous voilà donc partis à déambuler ici et là dans ce désolant établissement. C'est immonde, délabré, obscur. Par terre, vautrés, des malades attendent, on a l'impression qu'ils attendent comme ça depuis des années. Ils sont parfaitement inscrits dans ce décor d'apocalypse ; par endroits, on les a parqués avec du fil de fer barbelé. C'est d'une tristesse infinie. René me montre des installations radiologiques d'une saleté et d'une vétusté qui repoussent les limites de mon imagination. Les locaux sont plus infâmes que la plus infâme cave d'immeuble HLM. J'ai très envie de quitter ce film d'horreur le plus rapidement possible avant d'attraper ebola ou le choléra. Je trouve un prétexte pour écourter la visite et nous nous dirigeons vers la sortie.

Parvenus au soleil, je me dis que ce n'est pas avec ce que René gagne ici qu'il a pu réunir les deux millions deux cent mille pour acheter ma voiture. Ça sent la magouille à plein nez.

« Au fait, René, vous avez un deuxième métier ? Ou bien vous ne travaillez qu'ici ?
- J'ai monté un bizness d'installations d'appareils médicaux. Grâce aux compétences que j'ai acquises à l'hôpital, j'équipe intégralement certaines cliniques de la ville.
- Et les appareils médicaux, où les trouvez-vous ?
- Grâce à mon association de bienfaisance. J'ai monté une association qui sert à collecter les dons en matériels médicaux en provenance d'ONG françaises. Ensuite, je revends les dons aux cliniques et j'installe le matériel.
- Et les organisations en question, elles ne vous demandent pas des comptes ?
- Non, ils ne viennent jamais ici. »

René m'expose sa carambouille en toute simplicité et sans la moindre gêne ou retenue. Des pratiques si courantes et si connues qu'il est inutile d'essayer de les cacher.

Au départ de l'escroquerie, nous avons des ONG et l'État français. Ces ONG s'emploient à faire pleurer dans les chaumières pour récupérer des dons. L'État prélève pour sa part autoritairement des impôts et reverse des subventions aux ONG. Une partie de l'argent récolté, dons et impôts, est consommé par les ONG et l'État eux-mêmes, le reste est confié aux mains d'inconnus à l'autre bout de la planète sans aucun contrôle. Ces inconnus servent d'alibis : ils peuvent prétendre sans mentir qu'ils ont bien reçus de l'argent et du matériel de telle ou telle ONG. Tout est en règle. Administratifs, associatifs, fonctionnaires hospitaliers et douaniers se sont goinfrés au passage : pas de risque qu'ils s'opposent à la combine puisqu'ils sont partie prenante.

Les dindons de la farce ? D'abord les donateurs et contribuables français, clairement abusés dans cette histoire. Mais aussi, et ce n'en est que plus révoltant, les malades congolais les plus pauvres. Ceux-ci, déjà dépossédés quotidiennement de leurs richesses par les rapaces de la fonction publique, n'ont plus les moyens de payer une consultation dans une clinique bien équipée. Pour eux, c'est l'hôpital public, un hôpital à l'abandon, pillé par les fonctionnaires hospitaliers eux-mêmes, ces fonctionnaires qui consacrent plus de temps au "bizness" qu'aux malades.

L'aide à l'Afrique ? Une pompe Afrique !

vendredi 2 juin 2006

Les fables du sport

L'État est une fiction, « c'est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde »,(F. Bastiat). Et les escamoteurs qui officient sous pavillon noir étatique n'ont rien d'autre à montrer que des mirages et des illusions. Car ces gens ne font rien : ils se situent. Leur "travail" consiste à s'entourer de bonnes fables utiles à subjuguer et à distraire.

Parmi ces fables : le sport et ses prétendues vertus sociales positives. Tous les politiques adorent le sport depuis qu'ils ont compris qu'ils tenaient là le papier tue-mouche idéal : foules enthousiastes et cocardières, événements spectaculaires, un interventionnisme public tout tracé en matière d'équipements, de personnels et d'usinage social. Du coup, le sport a été artificiellement habillé de valeurs toutes plus sympathiques les unes que les autres. Le sport c'est la santé, le sport est une école de la vie, le sport rend sociable, responsable, humble, fair-play, sincère, tolérant, pacifique, antiraciste, antisexiste, etc.

Rien de tout cela n'est vrai bien sûr et il arrive parfois que, manque de bol, la fable dérape outrageusement et que les faits s'imposent sans complaisance pour la Vérité officielle :

Traite des femmes : Ne soyons pas complices !
Jean-François Lamour [ministre des sports] a présenté, le 24 mai 2006, une campagne de sensibilisation à la traite des femmes, lancée en partenariat avec la Fédération française de football, la Ligue de football professionnel et la coalition contre la traite des femmes.

Les voilà bien embêtés, nos mythomanes du sport. Les supporters braillards de la prochaine coupe du monde de foot en Allemagne n'ont pas l'intention de se contenter de bière, ils veulent aussi des filles. La réalité crue du sport tel qu'il se passe s'écarte fort dangereusement des niaiseries citoyennes que l'on entend à longueur d'année. Ça vaut bien une petite parade hypocrite pour tenter de sauver le mythe du sport vertueux.

Lors d’évènements sportifs majeurs, la traite des femmes en vue d’alimenter les réseaux de prostitution se développe. « Cet esclavage des temps modernes est contraire à l’éthique du sport et aux valeurs de l’olympisme », a souligné le ministre de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative.

En réalité, il n'y a pas d'éthique du sport, le sport est ce que les sportifs en font. Et dans le sport de compétition, même de bas niveau, il n'est pas rare que les sportifs apportent la vanité, l'envie, la colère, la tricherie, la méchanceté, la violence, les drogues et la mauvaise foi. Quand aux troupes de supporters, elles sont souvent bêtes, braillardes et chauvines, parfois avinées et bagarreuses. Et accessoirement elles ne s'interdisent pas toujours la fréquentation des prostituées. Je ne souhaite pas ici dépeindre un tableau désespérant des sportifs et des spectateurs, je dis seulement que le sport c'est aussi ça.

Et voilà une réalité qui embête bien M. Lamour, lui qui préfère les fables sportives d'État. De même qu'il s'est construit sa petite vérité relative à la prostitution, c'est d'un sport idéal et non de sport réel qu'il parle. Car ce n'est pas le sport lui-même qui importe mais la manière dont le sport, vitrine publicitaire du régime, est perçu par l'opinion.

Cette campagne comporte un clip de sensibilisation qui sera projeté le 27 mai au Stade de France à l’occasion du match de football France-Mexique.

Réaction typique du social-démocrate : quand il croit voir (ou fait mine de voir) un crime (ici, des humains prétendument réduits à l'état d'esclaves), plutôt que d'appeler la police ou de prévenir le parquet, c'est-à-dire d'agir de la manière la plus naturelle qui soit en de telles circonstances, il crée un événement, il dénonce le "mal" en public, il "sensibilise". De fait, il met en scène son inaction, sa vacuité. Il organise un détournement du réel : il prétend ici que les gens du sport s'élèvent contre la prostitution quand les faits montrent justement le contraire.

« La lutte contre la traite des femmes mérite notre mobilisation à tous », a affirmé Jean-François Lamour.

Sans doute pas.

Si effectivement il y a traite, c'est-à-dire esclavage, alors l'affaire concerne avant tout les professionnels de la police et de la justice. Je ne vois pas ce que je pourrais faire d'intelligent et d'approprié contre de tels trafics.

Sinon, s'il n'y a pas traite, s'il n'y a que des adultes consentants, alors contre quoi se mobiliser ? Si M. Lamour s'inquiète pour l'image (ridicule et fausse) qu'il souhaite donner du sport, c'est son problème et il devrait financer des clips de sensibilisation sur ses propres deniers. Si c'est la fréquentation des prostituées qui choque sa morale personnelle, eh bien il est libre de ne pas se rendre au bordel.

Pour pasticher M. Lamour, je dirais : « la lutte contre l'existence d'un ministère des sports mérite notre mobilisation à tous ».

mardi 23 mai 2006

Les alchimistes

Les alchimistes médiévaux ont recherché en vain la pierre philosophale, cette substance merveilleuse capable de transmuer le plomb en or. Les alchimistes sociaux-démocrates du XXe siècle concentrent plutôt leurs efforts sur une pierre philosophale d'un type différent : celle-ci se nomme impôt, taxe, patente, charge, contribution, prélèvement, droit, octroi, cotisation ou redevance, et son pouvoir est de changer l'or en plomb. Perfectionnistes, nos alchimistes suent sang et eau pour réaliser leur chef d'œuvre : l'impôt parfait, l'impôt qui confisque la totalité des richesses, qui asservit à la perfection, l'impôt qui spolie intégralement tout en laissant la victime en vie, avec juste assez de souffle de vie pour pouvoir dire oui quand on lui pose un drain supplémentaire.

Cette perfection fiscale n'est pas encore de ce monde mais, comme on peut le lire dans le Monde, on y travaille :

[…] Le PS veut créer « l'impôt citoyen sur le revenu ». Il sera le fruit de la fusion, par étapes, sur cinq à dix ans, soit au moins deux législatures, de l'actuel impôt sur le revenu (IR) et de la contribution sociale généralisée (CSG).

Assurément, citoyen sonne mieux que civique, adjectif aujourd'hui déclassé. Civique renvoyait à une certaine docilité, à une certaine passivité : le péquin moyen devait se laisser tondre en courbant l'échine, en se soumettant à la volonté de ses bons maîtres, parce que c'était comme ça. Avec l'adjectif citoyen, rien à voir. Se faire plumer devient un engagement, une profession de foi, un moment de joie collective. Et ça change tout !

Bonne idée, donc, de parer de vernis citoyen ces cinq à dix ans de plomberie fiscale. Car la fusion IR-CSG, peu sexy, risque fort de consommer plus d'énergie qu'elle n'en consommera. En effet :

[…] Un terrain d'entente a été trouvé en étalant le calendrier, afin de mettre en oeuvre la retenue à la source de l'IR tout en supprimant des niches fiscales, d'introduire la progressivité de la CSG, et d'organiser la discussion avec les partenaires sociaux. Le produit de la part CSG continuerait à être affecté à la Sécurité sociale.

Eh oui, on fusionne deux impôts mais le produit de chacun d'eux est affecté à des postes différents, les mêmes qu'avant la fusion ! C'est le principe de la fusion-fission : tu prends un verre de grains de riz et un verre de grains de blé, tu verses les deux contenus dans un même saladier, tu mélanges bien le tout, et pour finir tu remets les grains de riz dans le premier verre et les grains de blé dans le second. Ça occupe. Et puis, un aussi incroyable gaspillage de temps et d'énergie ne pouvait que séduire nos alchimistes socialistes.

[…] La réforme, pour le PS, serait redistributive.

En général, quand on redistribue les cartes, c'est qu'il y a eu maldonne lors d'une première distribution. Or ici, nous parlons de richesses produites : que je sache, il n'y a pas la moindre distribution ni répartition là-dedans, les richesses étant possédées par ceux qui les créent (les créeraient-ils sinon ?). L'idée selon laquelle une distribution initiale déplorable serait corrigée par une redistribution de socialistes avisés est totalement fausse : il n'y a pas de distribution initiale. Y en aurait-il une, sur quels critères objectifs pourrait-on affirmer que Pierre a trop et Jean pas assez ? Il n'y en a tout simplement aucun ! La seule situation juste, c'est que chacun conserve ce qu'il a honnêtement gagné. Tout le reste relève du mythe ad hoc : une justice sociale, qui n'a de justice que le nom, est construite de toutes pièces dans le but de couvrir des activités prédatrices.

[…] une majorité de socialistes a entrepris de "réhabiliter" l'impôt. Dans le rapport introductif à la réunion, mercredi, Eric Besson, secrétaire national à l'économie, estime que la « fiscalité est un enjeu de la mondialisation : les socialistes doivent plaider sans relâche contre la concurrence par le moins-disant fiscal ». Et d'ajouter : « Les socialistes français optent, de fait, comme plusieurs pays de l'Europe du Nord, pour un niveau de prélèvements obligatoires élevés. »

Réhabiliter l'impôt !? La bête fiscale est pourtant plus enflée qu'elle ne l'a sans doute jamais été. Mais au moins, on ne peut pas accuser nos alchimistes de cacher leur jeu : toujours plus d'impôts au programme avec pour justification le fait que plus il y en a, mieux c'est. L'impôt comme idéal. Et les citoyens là-dedans ? Pas un mot. On prend tout ce que l'on peut, voilà ce qui importe.

Et quand on pense que ce sont les mêmes gens de gauche qui prétendent s'élever contre ceux qui mettent l'homme au service de l'argent…

[…] Concernant l'impôt sur les sociétés (IS), M. Strauss-Kahn a plaidé pour sa modulation en fonction de plusieurs paramètres, tels que le nombre de jeunes et de seniors dans l'entreprise, les formations dispensées, les accidents du travail, les impératifs écologiques, ou le réinvestissement des bénéfices.

Car non seulement nos alchimistes s'activent à spolier plus qu'hier et moins que demain mais il leur faut aussi diriger les entreprises à la place des entrepreneurs. Récompenses et punitions fiscales y pourvoiront : de belles usines à gaz avec manettes, leviers, robinets et boutons poussoirs, tout ce qu'il faut pour faire un bon meccano national, pour jouer à Dieu depuis son bureau au ministère. Ces gens sont décidément des malades mentaux épris de tyrannie.

Enfin, une taxe écologique, qui existe déjà sous le nom de TGAP mais améliorée, serait appliquée de façon modulable aux activités polluantes (CO2, déchets, eau...). […]

Et si les plus grands pollueurs de nos vies étaient justement les alchimistes collectivistes ? À force d'expériences sociétales frelatées, de mixtures fiscales méphitiques et de réglementations vénéneuses, ne sont-ce pas eux les premiers fossoyeurs de nos existences ?

vendredi 19 mai 2006

Fraich'attitude (2)

Juste deux mots en passant à propos de la semaine Fraich'attitude 2006. On peut lire ceci sur http://ahlescons.gouv.fr:

Pour marquer leur engagement en faveur de la consommation de ce type de produits [fruits et légumes], le ministre [des PME] et des professionnels ont signée une Charte qui prévoit notamment de […] remplacer les produits sucrés et gras de certains distributeurs par des fruits et légumes […].

Gasp.

« Voyons voir… Qu'est-ce que je vais prendre… Tiens ! Un chou de Bruxelles ! Il n'y en a plus qu'un !
— Oh ben non, prends plutôt un Kinder Bueno ! C'est plein de bon lait et de cacao !
— Un Kinder Bueno ? Mouais… Tu crois ? Oh et puis non, je vais plutôt prendre le chou de Bruxelles ! »

mercredi 17 mai 2006

Fraich'attitude

Mon Dieu mais ils sont complètement tarés. Voici les titres à la une du portail du gouvernement :

Energie : "une politique de développement durable"
15-05-2006 00:00

"Construire un avenir meilleur pour les français"
16-05-2006 19:19

Semaine de la Fraich’attitude : encourager la consommation des fruits et légumes
16-05-2006 16:55

Protéger les jardins, susciter des vocations
16-05-2006 16:49

Le Quai d’Orsay veut rendre la culture française plus attractive
16-05-2006 10:38

Remise des rapports préparatoires à la Conférence de la famille
15-05-2006 17:24

La Fraich'attitude ! Voilà qui me donnerait surtout des envies de boucheries !

Gazelles et vampires

Nouvelle facétie du gouvernement, on dirait du Raffarin quand il était à son apogée (qu'est-ce qu'il me manque celui-là alors, c'est terrible…) : voilà que nos ministres se portent au secours des… gazelles ! On pensait qu'ils avaient touché le fond, oh que non !, ils creusent encore !

Lu sur http://parasites.gouv.fr :

Qui sont les gazelles ? Le ministère des PME les a sélectionnées parmi "l’ensemble des sociétés françaises comptant 5 à 250 salariés et dont le chiffre d’affaire a augmenté de plus de 34 % en 2003 et à nouveau en 2004". Ce sont des entreprises dont la masse salariale et le nombre d’emplois ont plus que doublé en deux ans, et qui sont indépendantes au sens de la statistique publique (pas de contrôle à plus de 50 %).

Euh… Hem… Alors comme ça, de telles entreprises sont des gazelles ? À ce compte, quelles sortes de mammifères exotiques sont la SNCF ou La Poste ? Des hippopotames alités ? Des aïs exténués ?

Mais bref, pourquoi précisément cette définition-là de la gazelle-selon-l'État ? Pourquoi pas plutôt une fourchette de 10 à 300 salariés ? Pourquoi pas plutôt un CA en hausse de 30,51&